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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les « fautes de français » ne se limitent pas uniquement à l’orthographe ou à la grammaire. Les erreurs de syntaxe, plus retorses et subtiles, peuvent parfois échapper à l’œil, et bien qu’elles ne compromettent pas nécessairement la compréhension de votre lectorat, elles peuvent entraîner des formulations, disons, pour le moins inhabituelles!

Nous nous attardons ici à une erreur de syntaxe méconnue, mais fréquemment commise : l’anacoluthe.

L’anacoluthe est bien plus que l’insulte préférée du Capitaine Haddock de la célèbre série de bandes dessinées Les aventures de Tintin! Elle consiste en une construction syntaxique incorrecte ou à une figure de style surprenante. C’est un peu comme si la phrase prenait un virage inattendu : la structure grammaticale est alors « accidentée »!

L’anacoluthe se manifeste souvent dans une phrase commençant par un verbe à l’infinitif, par un participe passé ou par un participe présent. Leur sujet est différent de celui de la proposition principale, créant ainsi une rupture de sens.

Un exemple éloquent de cet accroc de syntaxe se voit fréquemment dans les formulations de politesse à la fin d’une lettre ou d’un courriel :

En espérant recevoir de vos nouvelles bientôt, veuillez agréer, Madame, mes salutations distinguées.

Ici, le sujet de la proposition « En espérant recevoir de vos nouvelles bientôt » est un « Je » sous-entendu, soit l’autrice ou l’auteur du message (J’espère recevoir de vos nouvelles bientôt). Dans la proposition principale (« veuillez agréer, Madame, mes salutations distinguées »), le sujet sous-entendu de « veuillez » est le ou la destinataire du message. Bref, le sujet de la proposition en tête de phrase diffère de celui de la proposition principale. Afin de rectifier le tir, on devra plutôt corriger la phrase ainsi :

En espérant recevoir de vos nouvelles bientôt, je vous prie d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.

Parfois, l’anacoluthe rend tout simplement la phrase absurde ou loufoque :
En parcourant la montagne à vélo, un ours noir lui a barré la route.

Ici, ce n’est certainement pas l’ours qui a le guidon entre les mains! 😉

Cela dit, l’anacoluthe n’est pas nécessairement fautive; elle peut être utilisée à des fins linguistiques afin de surprendre la lectrice ou le lecteur. En voici deux exemples bien connus :

  • Les autres éternellement sur nous, j’étouffe! (P. Claudel)
  • Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la Terre aurait changé. (Pascal)

Le spectre de l’anacoluthe vous hante? Vous avez besoin d’un coup de main avec la révision de la syntaxe de votre texte? Faites confiance en notre expertise et écrivez-nous!

Crédit photo: Nick Morrison sur Unsplash